Un parcours professionnel entre engagement et réalités du terrain
Je travaille plus ou moins selon la pédagogie Freinet depuis le début de ma carrière. Dans ma famille, mon frère, ma sœur et mes enfants ont tous été scolarisés à l’école Freinet de Vence, celle fondée par Célestin Freinet lui-même. Lors de la préparation de mon concours, j’y ai également effectué un stage de trois semaines.
Il m’a donc semblé tout à fait naturel, lorsque j’ai obtenu mon premier poste, de travailler de cette manière. Cependant, malgré l’enthousiasme qui m’animait, je me suis rapidement retrouvée confrontée à de nombreuses difficultés.
👉 Mettre en place la pédagogie Freinet dans l’Éducation nationale n’est pas toujours simple.
La première difficulté a concerné les parents. Ils ne connaissaient pas cette pédagogie et se sont rapidement montrés opposés à ma façon de travailler, sans doute aussi parce que j’étais très jeune. J’ai même eu droit à une lettre collective adressée à l’inspectrice.
👉 L’incompréhension des familles peut être une véritable épreuve pour les jeunes enseignants.
Puis il y a eu les collègues. Dans une autre école, j’ai subi une forme de harcèlement professionnel de la part de mes collègues et du directeur, avec une injonction très claire à abandonner cette pédagogie.
👉 L’innovation pédagogique peut déranger lorsqu’elle bouscule les habitudes collectives.
Tout cela pour vous dire : soyez prudents. N’essayez pas d’en faire trop.
👉 Il faut parfois savoir avancer discrètement pour durer.
Aujourd’hui : une pédagogie adaptée, assumée
Aujourd’hui, j’utilise un manuel de français, je fais des leçons, des dictées et je travaille avec un manuel de mathématiques.
Mais en parallèle, j’utilise depuis toujours un plan de travail, je propose du texte libre, des ateliers, des exposés, un journal ou un blog de classe, ainsi qu’une correspondance scolaire, quel que soit le niveau de ma classe.
👉 La pédagogie Freinet peut coexister avec des outils plus traditionnels.
Concernant le texte libre, il ne s’agit pas simplement d’écrire un texte, de le corriger et de le laisser dans un cahier. Ces textes doivent être lus aux autres, discutés collectivement sur le fond et la forme, améliorés, publiés ou affichés, et utilisés comme références pour de nouveaux écrits.
👉 Le texte libre n’a de sens que s’il est exploité, partagé et réinvesti.
Pour le plan de travail, il est indispensable de dégager de véritables plages horaires dans la semaine, spécifiquement dédiées à celui-ci. Sans cela, seuls les élèves les plus rapides en bénéficient, ce qui n’est pas le but.
👉 Sans temps dédié, le plan de travail perd tout son intérêt.
Pour finir, à vous…
Si cette lecture vous donne envie, tant mieux.
Si elle vous fait un peu peur, c’est normal.
Si elle vous laisse perplexe ou vous semble éloignée de votre réalité, c’est aussi parfaitement acceptable.
La pédagogie Freinet n’est pas un modèle à appliquer à la lettre, ni une case dans laquelle il faudrait entrer à tout prix. Elle peut être une source d’inspiration, une porte entrouverte, une idée à tester… ou non.
Chacun avance à son rythme, avec son contexte, son équipe, sa classe, ses contraintes. Et parfois, oser une toute petite chose, c’est déjà beaucoup.


1 commentaire
Bonjour ! Merci beaucoup pour votre témoignage ! Je suis une jeune enseignante (j’enseigne depuis 3 ans) et je me sens un peu plus prête maintenant à me lancer dans une démarche ‘hybride’ qui mélange des méthodes plus ‘classiques », plus frontales et la pédagogie Freinet. On met déjà en place des exposés, du texte libre et de la coopération dans la classe. Je vais essayer de me lancer dans les plans de travail avec mes élèves. Encore merci pour votre partage !!! Bon courage et bonne continuation !